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Régine Scelles, psychologue clinicienne invitée pour un colloque à Nancy, apporte quelques clés.
Quand j’étais petite, ma première question a été de me dire pourquoi lui et pas moi », témoigne Pascale, 28 ans. Son frère jumeau est infirme moteur cérébral. «J’ai eu des difficultés à accepter la situation. Puis à 7 ou 8 ans, on se rend compte que la vie familiale n’est pas comme chez les amies. Plus grand, il faut vivre avec le regard des autres. Il exprime le mépris, le dégoût, parfois ils le disent. » Emmanuelle, 28 ans, a une grande sœur polyhandicapée. «La semaine, elle se trouvait en institution, elle ne revenait chez nous que le week-end. Petite, j’ai ressenti beaucoup de jalousie envers elle, le week-end mes parents s’en occupaient beaucoup. Aujourd’hui notre relation est fusionnelle. »
Pascale et Emmanuelle participaient, samedi à Nancy, au colloque «Handicap et fratrie». Les organisateurs avaient invité Régine Scelles, psychologue clinicienne et professeur à la faculté de Rouen. «La relation mère et enfant handicapé a été beaucoup étudiée, ce qui n’est pas le cas de celle entre un enfant handicapé et ses frères et sœurs », constate l’universitaire. «Je crois qu’avant de penser le handicap, il faut penser la normalité. Souvent, on attribue à l’enfant handicapé les dysfonctionnements de la famille. »
Transformer la souffrance
Pour elle, l’enfant handicapé est d’abord un enfant. Que sait-on de son ressenti de sa maladie, de ses difficultés, de sa souffrance à ne pas être comme les autres. La venue d’un enfant malade bouleverse l’équilibre familial et pose la question de sa place. «La fratrie est un laboratoire des relations sociales », rappelle-t-elle. Pour la psychologue, pas question d’étouffer ce constat, bien au contraire. «L’enfant handicapé doit trouver sa place au sein de la fratrie pour peu qu’on lui en fasse crédit. » Malgré son handicap, il doit vivre les expériences d’un enfant normal. Si celui-ci doit pouvoir parler à quelqu’un de ses souffrances, «et raconter à quel point c’est difficile », cela s’applique aussi à ses frères et sœurs. «Dire la souffrance, sans la nier, revient à aider. On peut même en rire, c’est thérapeutique. Le principal est de la transformer, de la partager, elle est alors plus supportable. Dans mes consultations, je vois des frères et sœurs qui souffrent de ne pas pouvoir en parler avec leurs parents et même entre eux. » Régine Scelles milite pour que les familles arrivent à ce dialogue, à cette écoute qui peut passer par des aides extérieures, pour mieux vivre ensemble la situation.
M.-O. N. Le colloque était organisé par les associations Vivre avec un enfant différent, Agir pour nos enfants et le Collectif polyhandicap lorraine.
Source : http://www.republicain-lorrain.fr/fr/article/1972927,75/Handicap-et-fratrie-dire-la-souffrance-pour-la-depasser.html |